Le début de la Patagonie et de la Carretera Australe

Nous sommes entrés au Chili pour la deuxième fois le 31 janvier dernier, avec pour principal objectif de parcourir la célèbre Carretera Australe. C’est une route mythique pour les voyageurs, et surtout pour les cyclistes. Nous n’en aurons jamais autant croisé que sur ces pistes horribles, qui, lorsqu’elles ne sont pas détrempées par des pluies continues, vous couvrent littéralement de la poussière d’un temps sec.
Nous avons vraiment beaucoup de respect pour ces cyclistes aventureux. Un peu d’incompréhension parfois, mais a chacun son challenge ! Nous continuons aussi de prendre des auto-stoppeurs ça et là, même s’il faut être sélectif et parfois dire non, car cela devient ici une activité à part entière. Nous croisons une famille de français qui s’est vu squatté le véhicule par une américaine et cela pendant 4 jours, sans qu’elle ne veuille comprendre que toutes les bonnes choses ont une fin… !

Après donc un passage de frontière assez simple et rapide, nous voila rendus dans une petite bourgade, un vendredi en fin d’après-midi. Tout est quasiment fermé. Nous passons à l’office du tourisme récupérer des cartes et quelques infos, puis après avoir fait quelques courses, décidons d’avancer vers l’ouest pour rejoindre la fameuse Carretera. Nous n’avons pas trop d’idée ou nous arrêter ; comme souvent ce sera au feeling et en fonction de la fatigue.
Eh bien pas cette fois. Quelques kilomètres plus loin, nous tombons sur une voiture avec un pneu crevé. Nous essayons d’aider mais même une fois enlevés les écrous la roue reste soudée. Ne souhaitant pas abimer sa jante, la propriétaire nous demande de l’amener chez elle. C’est sur notre route, alors c’est toujours avec plaisir. Elle se rend dans la maison de weekend de la famille où tout le monde l’attends pour un énorme barbecue ! Vous me voyez venir ???

Eh bien non, nada, quedal, on aura pas droit à la bonne braise ce soir. La prochaine fois sûrement… snif !
Cette dame reste très sympa et nous dit que nous pouvons dormir à côté de chez elle, sur un terrain en bord du fleuve Futaleufu. Le lieu est vraiment magnifique, même avec une météo mi figue mi raisin.

Le lendemain nous rejoignons enfin la Carretera. Cette route fût construite sous Pinochet pour relier la Patagonie et les terres les plus isolées au reste du Chili. C’est une route en constante évolution, avec de nombreuses zones de travaux, et très peu de route asphaltée. Les paysages somptueux qui la bordent rendent les lieux assez magiques.

Avant de rejoindre la bourgade de la Junta, nous passons par Santa Lucia. Nous nous retrouvons face à des maisons détruites et un paysage devasté. Nous comprendrons bien après que ceux sont les séquelles de l’éruption du Volcan Chaiten, en 2008, qui a ravagée une grande partie de ce territoire. La ville de Chaiten, plus au nord, a été entièrement détruite à la suite de cette catastrophe. Les quelques survivants refusèrent de quitter l’endroit et reconstruisirent une ville au même emplacement. Mais nous n’y passerons pas pour le moment, car nous allons encore et toujours vers le Sud.

A la Junta nous sommes rejoins par nos camarades de route depuis déjà 1 mois, la CLEACH FAMILY. Ici il n’y a rien à voir ou a faire, alors ce sera juste une étape pour la nuit. Nous trouvons un food truck qui vend des sushis. Cool, ce plat nous manque depuis notre départ. On se laisse tenter par des california maki au thon et poulet. Malheureusement, nous n’avons pas fait attention et les beaux california ont ensuite été jetés dans la friture… ! Quelle déception à l’ouverture de la boite. Mais bon, au moins on sera calés pour le lendemain.

Direction Puyuhuapie, petit village de pêcheur et prochaine étape du voyage. Nous tombons sur une autre famille de français qui eux sont en pleine remontée et ont déjà plus d’un an de voyage derrière eux. Ce sont les BREMJAE, avec 3 enfants, de 10 à 14 ans. Nous passerons 2 nuits à 3 camping car au bord du fjord. Le temps ne sera pas avec nous, mais l’ambiance sera géniale. Nous serons même rejoint par un couple de français en van. Crêpes et apéro le soir, ballades et bricolage le jour, et les enfants qui se mélangent dans les camping cars.

Nous constatons une fuite du liquide refroidissement. Une durite est en faite mal positionnée et a été, au fil du temps, percée par un collier de serrage trop près. Nous tentons une réparation de fortune et ferons un vrai remplacement à Coyhaique, qui est la prochaine grosse ville sur le trajet. Malheureusement, la réparation ne tient pas et nous sommes contraints de nous arrêter en route, afin de trouver une bonne âme qui ait du liquide de refroidissement à nous donner. Les CLEACH sont avec nous et Hubert m’aide à stopper les véhicules dans les deux sens pour faire la mendicité. La route est finalement plus passante qu’on le croirait, et au bout de 15 minutes, nous arrêtons un couple de français résidents canadiens en vacances ici. Il s’avère que Benjamin est mécanicien de formation. En 25 minutes et sous la pluie, Benjamin, soutenu d’Hubert et moi-même, dépose le réservoir, sort la durite percée, et la remplace par un morceau de tuyau d’arrosage ! Après un bon café et un plat de pâtes, nous voila prêts à repartir !

La ville de Coyhaique n’a pas beaucoup de charme, avec ces 50 000 habitants, c’est une fourmilière qui nous permettra cependant de faire le plein de provisions pour les deux prochaines semaines. Au moment de partir, les CLEACH s’aperçoivent qu’ils doivent changer un pneu et décident de rester. On les retrouvera quelques jours plus tard. Nous continuons la route vers le lac General Carrera, qui est le deuxième plus grand lac d’Amérique du Sud, avec une superficie de je me souviens plus m² . Nous dormirons au bord du lac 5 nuits en tout, dans 3 lieux différents.

Nous arrivons à Puerto Rio Tranquilo, qui est clairement une ville qui vit exclusivement du tourisme. D’ici on peut partir en expédition à la journée sur le Glaciar Exploradores, chose que nous ne pouvons faire avec les enfants.
Nous visiterons en revanche les cathédrales de marbre. La visite est bien rodée et dure environ 2 heures en bateau. Nous sommes émerveillé par la beauté de ces blocs de pierres, lentement érodés par l’eau. Certaines formes comme une tête d’éléphant, de chien ou encore de tortue nous apparaissent au cours de la ballade. Ce lieu est probablement parmi le Top 10 de nos coups de coeurs du voyage.
Nous resterons ici une journée de plus, et ferons plusieurs rencontre de voyageurs. Nous retrouverons aussi un groupe de marseillais croisés 2 mois plus tôt à San Pedro de Atacama !

En allant faire réparer un pneu crevé la veille, nous tombons sur un couple d’allemands avec leur camion en panne depuis déjà 2 semaines. Ils attendent désespéramment une pièce qui doit arriver d’Allemagne car leur boite de vitesse est cassée. Ils sont un peu en panique car leur visa va expirer sous peu. Je leur propose alors de les emmener avec nous jusqu’à la frontière argentine pour qu’ils puissent étendre leur visa. C’est partis pour 150 Km d’une route aussi magnifique que dégueulasse, et je pèse mes mots. On alterne entre le 15 Km/h et le 60 quand tout va bien. De nombreuses épingles sans visibilité, des trous, du sable… Bref, heureusement que la vue sur le lac et les montagnes nous coupe le souffle. Pause dej sur la route et nous voila de retour en Argentine. Nous abandonnons Harald et sa femme, qui semblent avoir trouvé une solution avec les douaniers.

Avant de repartir, nous allons assister à un rodéo, mais la manière dont les veaux sont utilisés pour ce spectacle ne nous permet pas du tout d’apprécier la dextérité des cavaliers. Nous préférons reprendre la route, en direction de Puerto Guadal, dernier stop avant de retraverser la frontière en direction de l’Argentine.

Nous roulons encore une grosse heure vers la ville de Perito Moreno, qui n’a rien à voir avec le glacier du même nom, que nous visiterons dans quelques jours. Arrivés en ville et après quelques courses nous tombons sur Ben et sa famille, 4 français en voyage comme nous, mais qui eux remontent vers le Nord. Nous décidons de passer la soirée ensemble, pour un apéro de bonne augure. Après tout, ça fait au moins 2 jours que nous n’avons pas trinqué !

Le lendemain nous remplaçons enfin la durite de fortune dans un petit garage. Puis restons en ville pour faire des lessives et un petit barbier pour moi. Les plaisirs simples sont les meilleurs. Il me demande de faire une petite interview pour son Facebook car il est scotché de voir un français perdu ici en camping car. Il me demande de confirmer que nous sommes chez le meilleur barbier du monde, ce que je fais avec plaisir !

Nous serons ensuite rejoins par les CLEACH qui avaitent choisi un autre itinéraire pour quelques jours. Notre prochaine destination est la ville de El Chalten, dans le Parque Nacional Los Glacieres. Il y a de belles randonnées à faire, et notamment celle du Cerro Fitz Roy, qui dure environ 8h aller retour… !

Mais avant cela, nous faisons une halte car la route est longue. Et comme nous sommes le 12 février, c’est l’anniversaire de Sasha ! Nous arrivons les premiers sur place. Quand les CLEACH arrivent, nous découvrons que les enfants ont fait une banderole d’anniversaire pour Sasha. Belle attention ! Nous sommes rejoint par Béryl, qui voyage avec ses deux garçons, et nous passons une très belle soirée à 12, entre barbecue et gâteau ! Sasha est très content de ses cadeaux et joue avec les copains un peu plus tard que d’habitude.

Béryl qui est aussi sur la montée nous quitte, et nous reprenons la route vers le Fitz Roy. En chemin nous avons encore des pistes assez horribles, mais nous sommes maintenant habitués, et prenons notre temps. Arrivés à El Chalten, nous nous parquons sur l’emplacement gratuit destiné aux camping caristes. Nous ferons plusieurs rencontres ici. Notamment le couple Florian et Joanna (je crois…?) qui voyagent avec leur combi VW depuis la France. Ils sont passés par la Russie, et l’Orient avec de rejoindre l’Amérique du Sud, Respect !
Mais aussi Shane et Eloise, avec leur fils Zephyr. Ils voyagent depuis un sacré moment dans leur camping car américain. Sasha et lui s’entendent comme chien et chat. Ils se disputent les jouets, tout est normal.

Nous retrouvons surtout nos amis suisses, Adriano & Vanessa, que nous avions vu la dernière fois au Chili. Il y a déjà plus de deux mois. On se retrouve donc autour d’une bonne mousse, pendant que les enfants sont en train de jouer dans les camions. Ils sont accompagnés par deux suisses allemands (Thomas & Stefan) très sympas qui voyagent aussi depuis longtemps à travers le continent. Nous finirons tous les huit autour de pizzas alors que Clémence, l’ainée des CLEACH, fera des crêpes pour la soirée ciné des enfants.

Mais la rencontre la plus insolite ici fut celle faite avec un tatou qui traine sur le parking. Il semble habitué des lieux et n’a pas du tout peur de l’Homme. Le voir déambuler parmi nous est assez rigolo.

Le temps s’est gâté ici, et les conditions sont trop mauvaises pour s’attaquer au Fitz Roy. Nous allons faire une autre ballade qui nous emmène vers un point de vue très sympa, d’où nous surplombons la vallée. Tous les enfants marchent bien, et Sasha aussi pour la première partie, avant de terminer sur mes épaules. Nous passons par le centre des visiteurs pour récupérer des infos ainsi que les prévisions météo. Demain on pourra monter. On sait que Sasha ne marchera pas, et je décide d’improviser un porte enfant (« je suis pas un bébé !! ») pour le porter en cas de défaillance de ses guibolles.

Heureusement que j’ai eu cette idée. Nous commençons la ballade vers 8h, et, au bout d’un très gros effort, vers environ 8h02, Sasha pleurniche et n’avance plus. Il faut aussi reconnaître que le début de l’ascension est très raide. Je le mets donc dans le sac, ce qui me prend un peu de temps pour lui ôter ses chaussures et bien l’installer. Cela attire les sourires de tous les randonneurs, nous sommes (et surtout lui je crois) l’attraction du moment. Je marche seul, à mon rythme, et contre toute attente ça se passe bien. Au bout de deux heures, Sasha en a marre. Nous faisons une pause casse croute, et il décide de reprendre à pied, car nous sommes maintenant sur du plat. Il fera donc seul le dernier kilomètre qui nous sépare de la Laguna Capri, et du premier point de vue sur le Fitz Roy. Pour nous c’est l’arrivée. Nous n’irons pas plus haut et faisons une boucle pour revenir au camping car par un autre chemin, avec encore de jolis points de vue, et plein de cerisiers pour se régaler.

Pendant ce temps Lucie & Nina, en compagnie des CLEACH, sont montées jusqu’au point de vue final, non sans mal sur la dernière pente, mais avec une énorme fierté, surtout pour Nina qui aura fait sa plus grosse randonnée; 22km d’une nature à couper le souffle, tellement préservée que nous pouvons remplir directement nos gourdes dans les rivières descendant des glaciers. Encore de beaux souvenirs !

Les grimpeuses du jour

Nous dormirons une nuit de plus ici, avant de reprendre la route en direction de la ville d’El Calafate, qui devance le Glacier Perito Moreno, mais ça c’est pour le prochain article.

À suivre.

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